Zazpiak bat: les clés de la stratégie d’Iparralde

2026/05/04
[Crédit photo: Euskal Irratiak]
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"L’existence d’un lehendakari abertzale en Iparralde est le résultat de cette stratégie construite sur 25 ans, et non d’un accord entre partis. Cela montre que la clé réside dans l’organisation des mouvements populaires, dans la mobilisation, dans la construction d’alternatives, dans l’élaboration d’une stratégie, et dans la construction de cette relation complexe et parfois contradictoire entre mouvements populaires et institutions"

[Tribune]

Xebax Christy (responsable d’Iparralde de la fondation Manu Robles-Arangiz) et Unai Oñederra (responsable d’Iparralde de ELA)

L’élection, pour la première fois, d’un lehendakari abertzale en Iparralde a attiré l’attention d’Hegoalde sur la politique du Lapurdi, Nafarroa Behea et Zuberoa. Ce territoire d’Euskal Herria, qui compte 330.000 habitants, ainsi que son fonctionnement sociopolitique, restent largement méconnus au Sud, ce qui rend plus difficile la construction d’une véritable politique nationale basque visant à faire vivre le “Zazpiak bat”.

Malheureusement, maintenant que les regards d’Hegoalde se tournent vers Iparralde, une tendance récurrente de ces dernières décennies se répète. Les partis abertzale du Sud, au lieu d’expliquer de manière honnête et pédagogique ce qui s’est passé en Iparralde, alimentent tactiquement une fiction pour renforcer leur propre stratégie au Sud.

Pour commencer à construire une véritable stratégie nationale, le point de départ est la connaissance mutuelle entre les citoyens des trois espaces administratifs d’Euskal Herria. À cet égard, l’écho médiatique suscité par l’élection d’Alain Iriart à la présidence de la Communauté d’agglomération du Pays Basque a ouvert une excellente opportunité pour mieux faire connaître Iparralde au Sud. Pourtant, nous constatons avec inquiétude qu’au lieu de favoriser cette pédagogie, c’est l’inverse qui se produit.

Alain Iriart lui-même a clairement affirmé dans Sud Ouest et El Diario Vasco qu’aucun accord n’avait été conclu entre le PNV et EH Bai, notamment en raison de la faible implantation du PNV en Iparralde. Malgré les insinuations contraires d’Aitor Esteban, les jeltzale ne disposent que de deux maires en Iparralde : l’un à Cambo (environ 7 000 habitants), Peio Etxeleku, et l’autre à Macaye (environ 550 habitants). Pourtant, Otxandiano et Otegi ont demandé au PNV de faire en Communauté autonome basque ce qu’il aurait fait en Iparralde, sans expliquer pourquoi Etxeleku a soutenu Iriart au second tour, ni préciser que le fonctionnement des élections municipales et de la Communauté d’agglomération en Iparralde est très différent de celui du Sud.

Dans sa déclaration de l’Aberri Eguna ainsi que lors de la présentation de l’ouvrage Euskal Errepublikarantz, ELA a souligné le caractère exemplaire du processus sociopolitique d’Iparralde. Ce que met en valeur ELA, ce n’est pas un accord entre partis qui n’a pas eu lieu, mais la trajectoire historique du mouvement abertzale d’Iparralde, ancrée dans les mouvements populaires. À nos yeux, faire œuvre de pédagogie consiste à expliquer comment nous en sommes arrivés là. Et cela nous ramène aux années 2000 : à la création de Batera, à la lutte pour la Chambre d’agriculture du Pays Basque et au travail initié en Iparralde par ELA à travers la fondation Manu Robles-Arangiz.

Il y a 25 ans, il était impensable qu’un lehendakari abertzale puisse exister en Iparralde, alors même que le territoire ne disposait d’aucune institution propre. Cela a été rendu possible grâce à la stratégie et à la mobilisation développées pendant des années par la société civile d’Iparralde. La Communauté d’agglomération est le fruit de Batera et d’une stratégie de vingt ans fondée sur une société civile organisée de manière autonome par rapport aux partis politiques, intégrant divers mouvements sociaux.

Enfin, il convient de mentionner le processus Bagira, qui, en s’appuyant sur l’ensemble de ces expériences, a permis de définir une stratégie commune et une feuille de route partagée entre partis et mouvements populaires partageant les mêmes objectifs et modèle de société.

L’existence d’un lehendakari abertzale en Iparralde est le résultat de cette stratégie construite sur 25 ans, et non d’un accord entre partis. Cela montre que la clé réside dans l’organisation des mouvements populaires, dans la mobilisation, dans la construction d’alternatives, dans l’élaboration d’une stratégie, et dans la construction de cette relation complexe et parfois contradictoire entre mouvements populaires et institutions.