L’économie verte ?

2012/05/30
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Répondant à l’Appel de Via Campesina de réaliser le mardi 5 juin -journée mondiale de l’environnementpartout dans le monde des actions pour lancer la mobilisation internationale en perspective du sommet Rio+20, le syndicat ouvrier ELA et le mouvement altermondialiste Bizi! organisent deux conférences et un rassemblement à Bilbao et à Bayonne. Yayo Herrero, d’Ecologistas en Accion, présente pour Alda! son intervention qui aura lieu le 5 juin au matin à Bilbo.

“Nous sommes actuellement en pleine crise globale et profonde, et, au milieu d’attaques féroces contre les conditions de vie des personnes.

Cette fois-ci, tout cela se déroule dans les pays dits démocratiques.

Tout indique que 20 ans après Rio 92, la situation écologique est encore plus dramatique.

Fin de l’énergie fossile bon marché, changement climatique ou perte de la biodiversité offrent un panorama qui est, du point de vue écologique, extrêmement préoccupant.

De la crise écologique à la crise sociale

Et, dans le domaine social et économique, la situation n’a guère été plus réjouissante. A partir de l’explosion de la crise des prêts hypothécaires, nous avons vu comment la tentative de retrouver des taux de bénéfices du capital à partir de coupes budgétaires dans les dépenses publiques et l’exploitation des derniers biens communs restants, a créé des situations de grave précarité pour une bonne part de la population.

Deux dépendances matérielles

L’économie capitaliste activée par l’idéologie néolibérale ignore que la vie humaine a au moins deux dépendances matérielles incontournables. La première correspond à la dépendance que nous avons par rapport aux écosystèmes et aux matières premières finies de la planète. La seconde, correspond au fait que la vie humaine prend forme dans des corps vulnérables qui demandent, surtout dans des phases précises de la vie, le soin et l’attention d’autres personnes.

Vivre en tournant le dos aux dépendances matérielles a créé une économie et un style de vie en guerre contre la nature et contre les corps humains.

Ambiguïté du capitalisme vert

Dans les sphères politiques, on parle de l’économie verte. Sous ce terme ambigu, les institutions officielles, appuyées par un bon nombre d’entreprises transnationales et de leur “Département Responsabilité Sociale de l’Entreprise”, défendent l’idée d’avancer vers une sorte de capitalisme vert. Le capitalisme vert se présentant comme un système dans lequel les paramètres qualitatifs, sociaux et écologiques peuvent être considérés comme allant de soi à l’intérieur du propre système économique, pour les nombreux acteurs en concurrence.

Cependant, les bases sur lesquelles répose le système capitaliste (la production au service du bénéfice, la tendance à l’accumulation, la concurrence entre capitaux, etc.) empêchent de procéder aux transformations et investissements nécessaires, pour redessiner de façon urgente un modèle productif et énergétique protégeant les personnes.

Véritable économie écologique

Une véritable économie écologique aurait pour but d’orienter le modèle énergétique vers les renouvelables, en veillant à connaître la quantité d’énergie nécessaire et la finalité de cette dernière. En investissant en elle, sans en attendre des rendements économiques croissants. Elle essaierait de convertir l’ensemble du système de production-distribution et consommation en fonction des nécessités de toutes les personnes, en tenant compte du fait qu’on ne peut mettre la pression sur la nature au-delà de sa propre capacité de régénération.

Diminuer l’empreinte écologique de ceux qui sur-consomment et sur-produisent Si à l’heure actuelle, les limites bio-géophysiques sont déjà dépassées, la nécessité de diminuer le métabolisme physique en termes absolus est évidente.

En étant conscients que sur notre planète, des millions de personnes sont en manque de ressources de bases, il est évident que le plus grand poids de la réduction doit être porté par les secteurs de la population qui sur-consomment et surproduisent. Partage des richesses et limitation de l’accumulation Dans une planète aux ressources finies, l’unique possibilité de justice est le partage de la richesse et la limitation de l’accumulation immorale qui met en danger l’existence même de l’être humain. Nous ne sommes pas en face d’un problème technologique.

Même en la peignant tout en vert, l’économie capitaliste ne peut régler ces équations. C’est un problème politique que ne peuvent régler ces gouvernements qui dans de nombreux cas se sont convertis en bras administratif- législatif-oppresseur qui agit aux ordres des marchés et de ses responsables. Une véritable économie verte et juste ne pourra venir que de la main de sociétés démocratiques, dans le bon sens du terme.